Microsoft a lancé Windows Phone 7 en 2010 avec une ambition claire : effacer dix ans d’erreurs accumulées sur mobile et rivaliser avec iOS et Android. Deux ans plus tard, les appareils vendus sous cet OS étaient déjà obsolètes, incapables de recevoir la mise à jour suivante. C’est probablement l’un des retournements de situation les plus brutaux dans l’histoire des systèmes mobiles modernes.
De Windows Mobile à Windows Phone : comment Microsoft a revu sa copie
Avant Windows Phone, Microsoft dominait le marché professionnel des smartphones avec une plateforme née sous le nom de PocketPC 2000. Renommée Windows Mobile en 2003, cette solution ciblait les entreprises : agenda synchronisé, messagerie Exchange, interface calquée sur un bureau Windows réduit. Des fabricants comme HTC, Samsung, LG et même Palm ont produit des terminaux sous cette bannière pendant près d’une décennie.
Le problème, c’est qu’en 2007, Apple a sorti l’iPhone. Android a suivi en 2008. Ces deux OS avaient pensé l’interface pour les doigts, pas pour un stylet. Windows Mobile, lui, supposait encore qu’on allait taper sur un écran avec une pointe en plastique. L’ergonomie était médiocre, la navigation fragmentée, et les mises à jour quasi impossibles à déployer sur les appareils existants – les opérateurs bloquaient tout.
Microsoft a mis trois ans à tirer la conclusion qui s’imposait : Windows Mobile ne pouvait pas être rapiécé. Il fallait repartir de zéro. C’est ce choix radical, assumé publiquement dès 2010, qui a donné naissance à Windows Phone 7. La compatibilité avec les anciennes applications Windows Mobile a été délibérément sacrifiée. Un choix douloureux, mais cohérent.
Qu’est-ce que Windows Phone 7 et sur quoi repose-t-il?
Windows Phone 7 est un système d’exploitation mobile lancé par Microsoft en 2010, conçu pour fonctionner sur smartphones à écran tactile capacitif. Sa caractéristique la plus visible est son interface baptisée Metro – aujourd’hui officiellement appelée Fluent Design – qui rompt avec toute logique d’icônes et de grilles.
L’interface Metro organisait l’écran d’accueil en tuiles rectangulaires animées, appelées Live Tiles. Ces tuiles affichaient des informations en temps réel : nombre de messages non lus, météo, actualités. Visuellement, c’était propre, typographique, presque minimaliste. Beaucoup d’utilisateurs qui l’ont essayé reconnaissent aujourd’hui que cette approche était originale, même si elle désorientait ceux habitués à iOS ou Android.
Techniquement, Windows Phone 7 est la seule version de la plateforme à reposer sur le noyau Windows CE – le même utilisé dans les PocketPC des années 2000. Ce choix de noyau, héritage contraint plus qu’assumé, limitait les capacités hardware : mono-cœur obligatoire, résolution maximale de 800×480, RAM plafonnée. Microsoft avait imposé des spécifications matérielles minimales strictes aux fabricants, ce qui garantissait une certaine homogénéité de performance, mais bridait l’évolution.
L’OS intégrait nativement des hubs : un hub People pour les contacts, un hub Music & Videos, un hub Games connecté à Xbox Live. Cette logique de centralisation des contenus était une vraie différence conceptuelle face aux catalogues d’applications purement individuelles proposés par la concurrence.
Quelle est la date de sortie de Windows Phone 7?
Microsoft a officiellement présenté Windows Phone 7 Series – c’était son nom complet à l’époque – lors du Mobile World Congress de Barcelone le 15 février 2010. L’annonce a été faite par Steve Ballmer en personne, alors PDG de Microsoft. La démonstration avait fait sensation : l’interface était radicalement différente de tout ce qu’on avait vu jusqu’alors sur un téléphone Windows.
Le lancement commercial mondial a eu lieu le 21 octobre 2010, suivi du lancement américain le 8 novembre 2010. Pour ce démarrage, Microsoft avait aligné dix appareils issus de quatre fabricants :
- HTC (HD7, Mozart, Trophy, 7 Pro, Surround)
- Samsung (Omnia 7, Focus)
- LG (Optimus 7, Quantum)
- Dell (Venue Pro)
Ces terminaux étaient distribués via 60 opérateurs dans 30 pays, avec une prise en charge initiale de 25 langues et un accès au Windows Phone Store dans 35 pays. Pour un premier lancement, la couverture géographique était correcte. Le Nokia Lumia 520, sorti plus tard sous Windows Phone 8, deviendra l’appareil le plus vendu de la plateforme – mais en 2010, Nokia n’était pas encore dans l’aventure.
Windows Phone 8 : un saut de noyau qui a rendu les appareils WP7 obsolètes
Le 29 octobre 2012, Microsoft a lancé Windows Phone 8 avec un changement fondamental sous le capot : l’abandon du noyau Windows CE au profit du noyau Windows NT, le même que celui de Windows 8 desktop. Ce n’était pas une mise à jour cosmétique. C’était une reconstruction complète de l’architecture système.
Concrètement, le passage au noyau NT ouvrait des capacités hardware jusqu’alors inaccessibles. Windows Phone 8 pouvait désormais exploiter des processeurs multi-cœurs, avec une prise en charge théorique allant jusqu’à 64 cœurs. Les résolutions grimpaient à 1280×720 ou 1280×768. La gestion mémoire était profondément différente. Autant dire que le fossé technique entre WP7 et WP8 était immense.
Les appareils sous Windows Phone 7 n’ont jamais pu recevoir cette mise à jour. Microsoft a proposé Windows Phone 7.8 comme lot de consolation – quelques tuiles redimensionnables, quelques ajustements d’interface – mais rien de plus. Les utilisateurs qui venaient d’acheter un HTC HD7 ou un Samsung Focus se retrouvaient avec un appareil en fin de vie moins de deux ans après son lancement. La réaction a été vive, et elle a durablement entamé la confiance dans la plateforme.
Pour les curieux qui avaient un Samsung Ativ S, la transition vers Windows Phone 8.1 Update 2 était techniquement possible mais demandait une procédure spécifique – signe que Microsoft n’avait jamais réellement simplifié les mises à jour pour les utilisateurs.
Windows Phone 10 : l’ultime tentative avant l’abandon
Microsoft a sauté le numéro 9 pour aligner ses produits sous une même bannière « Windows 10 ». Sur mobile, cela donnait Windows 10 Mobile, présenté comme la convergence ultime entre PC, tablette et smartphone. L’idée était séduisante sur le papier : une même base de code, des applications universelles qui tournent sur tous les facteurs de forme.
En pratique, l’exécution a été laborieuse. Windows 10 Mobile souffrait de bugs persistants, de performances inégales selon les appareils, et surtout d’un catalogue d’applications qui refusait de se remplir. Les grandes banques, les réseaux sociaux majeurs, les services du quotidien – beaucoup n’ont jamais développé de version Windows 10 Mobile de leur application, ou ont abandonné la maintenance des versions existantes.
La dernière version publiée, Windows 10 Mobile 1709 en octobre 2017, a marqué la fin du développement actif. Microsoft a officialisé l’arrêt du support le 10 décembre 2019. Joe Belfiore, vice-président de Microsoft en charge du projet, avait été transparent sur Twitter dès 2017 : le manque d’applications rendait les utilisateurs insatisfaits, et le manque d’utilisateurs décourageait les développeurs. Un cercle vicieux sans issue.
L’interface de Windows 10 Mobile a même inspiré des designers externes qui proposaient des révisions visuelles, signe que la plateforme avait ses défenseurs – mais les défenseurs ne suffisent pas à convaincre les développeurs de maintenir deux bases de code supplémentaires.
Le Windows Phone Store n’a jamais rattrapé l’App Store ni Google Play
Au départ, la boutique d’applications s’appelait Windows Phone Marketplace. En août 2012, Microsoft l’a renommée Windows Phone Store pour harmoniser sa communication. Le changement de nom ne s’est pas accompagné d’un changement de dynamique.
Au pic de sa croissance, le Store affichait environ 800 000 applications disponibles. Un chiffre qui semblerait honorable hors contexte. Mais à la même époque, l’App Store d’Apple en comptait 2,2 millions, et Google Play en proposait 4,4 millions. L’écart n’était pas seulement quantitatif : les applications phares manquaient souvent à l’appel, ou étaient livrées avec des mois de retard par rapport aux versions iOS et Android.
Des absences notoires ont marqué les esprits : Instagram a mis des années à arriver sur la plateforme. Snapchat n’a jamais publié d’application officielle. Les applications bancaires étaient rarissimes en France. Cette pénurie structurelle a pesé lourd dans les décisions d’achat des consommateurs. Le Store pour Windows Phone 8.1 a fermé définitivement le 16 décembre 2019, rendant impossible l’installation de nouvelles applications sur les derniers appareils encore en circulation.
Quelle part de marché Windows Phone a-t-il réellement atteint?
La plateforme a atteint son pic mondial autour de 3,4 % de part de marché en 2013, selon les données IDC de l’époque. C’est peu face aux 78 % d’Android et aux 18 % d’iOS. Mais la situation variait fortement selon les régions.
En Europe, certains marchés ont montré un attachement plus marqué à la plateforme. Dans des pays comme l’Italie, la Pologne ou le Royaume-Uni, Windows Phone dépassait les 9 à 10 % de parts de marché à son apogée – un résultat qui s’explique en partie par la présence forte de Nokia, fabricant très apprécié dans ces marchés, et par des prix d’entrée de gamme compétitifs sur des modèles comme le Lumia 520 ou le Lumia 635.
Ces chiffres régionaux flatteurs ont parfois donné l’impression que Windows Phone pouvait s’installer durablement sur le marché. Mais ils masquaient une réalité plus dure : la croissance stagnait, les développeurs ne suivaient pas, et la base d’utilisateurs restait trop fragmentée pour constituer un marché attractif. Microsoft a racheté la division mobile de Nokia en 2014 pour 7,2 milliards de dollars, avant de déprécier cet actif de 7,6 milliards un an plus tard. Un aveu de défaite chiffré.
Est-ce que Windows Phone existe encore?
Non. La plateforme est officiellement éteinte, avec des dates de fin de support échelonnées selon les versions :
| Version | Fin de support officielle |
|---|---|
| Windows Phone 7 | 8 janvier 2013 |
| Windows Phone 7.5 | 14 octobre 2014 |
| Windows Phone 8.1 | Juillet 2017 |
| Windows 10 Mobile | 10 décembre 2019 |
Si vous possédez encore un appareil sous Windows Phone, il fonctionne peut-être encore pour les usages les plus basiques : passer des appels, envoyer des SMS, utiliser les applications installées avant la fermeture du Store. Mais aucune mise à jour de sécurité n’est plus déployée depuis fin 2019, ce qui le rend impropre à tout usage connecté sensible.
Microsoft a tourné la page sans jamais vraiment annoncer de successeur direct. L’aventure mobile du groupe s’est poursuivie sous d’autres formes – partenariat avec Android, Surface Duo – mais Windows Phone, lui, appartient désormais à l’histoire. Une histoire courte, ambitieuse, et terminée avant d’avoir vraiment commencé.